Analyses d'œuvres
L'Histoire du soldat – Tango, Valse et Ragtime
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« L’Histoire du soldat » est un ballet narratif créé par le compositeur russe Igor Stravinsky en collaboration avec l’écrivain suisse Charles-Ferdinand Ramuz. Créée en 1918, c’est l’une des œuvres les plus connues de Stravinsky.
L’intrigue de « L’Histoire du soldat » se déroule pendant la Première Guerre mondiale et suit l’histoire d’un soldat nommé Joseph. En permission dans son village natal, il rencontre le diable, qui lui propose un marché : le diable donnera à Joseph un livre magique qui lui permettra de prédire l’avenir, en échange de son violon. Joseph, séduit par la promesse de richesse et de pouvoir, accepte le marché.
Cependant, à mesure que le soldat commence à profiter de sa nouvelle richesse, il se rend compte qu’il a perdu quelque chose de plus important : sa liberté et sa capacité à faire de la musique. Après plusieurs rencontres avec le diable, Joseph regrette sa décision et finit par trouver un moyen de récupérer son violon et sa liberté, non sans conséquences.

L’œuvre combine musique, narration et danse pour raconter cette histoire morale sur la tentation, le sacrifice et la rédemption. La partition de Stravinsky est connue pour son ingéniosité et son mélange de styles musicaux, qui vont du jazz à la musique populaire russe.
« L’Histoire du soldat » est considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de Stravinsky et continue d’être jouée dans le monde entier, aussi bien en version de ballet qu’en version de concert.
Dans « L’Histoire du soldat », ces trois pièces musicales représentent différents moments et différentes émotions de la vie du soldat Joseph. Voici une description de chacune d’elles :

- Tango : le tango de « L’Histoire du soldat » représente la tentation et le marché conclu avec le diable. C’est une danse passionnée et séduisante qui symbolise l’attirance de Joseph pour la promesse de richesse et de pouvoir que lui fait le diable. Dans cette œuvre, le tango est énergique et plein de rythme ; il capture la séduction et la tension du moment où Joseph conclut le marché avec le diable.
- Valse : la valse de « L’Histoire du soldat » représente la vie tranquille et heureuse que Joseph laisse derrière lui en acceptant le marché avec le diable. C’est une musique nostalgique qui évoque la sérénité et le bonheur de sa vie d’avant. La valse peut aussi symboliser l’innocence perdue de Joseph et les moments de regret qu’il traverse tout au long de l’histoire.
- Ragtime : le ragtime de « L’Histoire du soldat » reflète l’influence du diable sur la vie de Joseph et la transformation qu’il subit à la suite de son marché. C’est une musique animée et espiègle qui symbolise la manipulation du diable et le chaos qu’il apporte avec lui. Le ragtime peut représenter la lutte intérieure de Joseph tandis qu’il tente de résister aux tentations et de recouvrer sa liberté.
Ces trois pièces, le tango, la valse et le ragtime, s’entrelacent tout au long de l’œuvre pour raconter l’histoire du soldat Joseph et de sa rencontre avec le diable, en mettant en lumière différents aspects de son parcours émotionnel et spirituel.

Analyse du Tango
La structure de la pièce est A + B + A’. Section A (mesures 1 à 30) :
Lieu/Tonalité : accords de Db et de F# (enharmonique de Gb). Particularité : la section commence par une basse ostinato au piano, qui impose le rythme du tango. Le violon se détache comme soliste principal de cette danse. Pont I (mesures 30 à 34) :
Tonalité : la même que dans la section précédente. Particularité : la clarinette entre à la mesure 30 avec un motif semblable à celui exposé par le violon dans les mesures précédentes, et reste aux côtés du soliste (le violon) sur une note longue, établissant une pédale sur do et ré (secondes parallèles), tandis que le piano poursuit sa basse ostinato. Section B (mesures 34 à 41) :
Tonalité : Ab majeur. Particularité : le violon reprend son rôle de soliste avec une phrase semblable à celle que la clarinette avait présentée dans le « Petit Concert », entre les mesures 54 et 70 de ce mouvement, mais cette fois dans une tonalité différente et avec quelques variations. La clarinette accompagne avec la même séquence de notes dans le registre grave, et le piano reste silencieux. Section A’ (mesures 42 à 55) :
Tonalité : Ab-G#-G##. Particularité : le piano impose à nouveau le rythme de la danse, mais sur la tonalité de Ab (I et VII), tandis que le violon reprend la même section A, mais variée. Pont II (mesures 56 à 59) :
Tonalité : G#-F#-Bb-G#-F#-A-Bb-F#-D7. Particularité : la clarinette répète le même motif que dans le pont I, mais deux fois, afin de moduler vers une autre tonalité. Elle fait une partie plus courte à distance de quarte au lieu d’une seconde parallèle, et le piano module vers E majeur. Transition de danse I (mesures 60 à 73) :
Tonalité : C#-F#. Particularité : la clarinette varie le motif de la section B pour accompagner le violon, et ce dernier reprend la phrase du mouvement précédent (le « Petit Concert ») dans une autre tonalité. Plus tard, à la mesure 66, la clarinette cesse de jouer pour que le violon achève la danse d’une manière semblable à son début.

Analyse de la Valse
La structure de la Valse est A (II: a + b II) + B (interlude) + A’ (a’’ + b’’). Motif a (mesures 74 à 80) :
Tonalité : C majeur. Particularité : le piano maintient le rythme caractéristique des danses à 3/4 avec une basse ostinato qui repose sur les degrés I et V de la tonalité de C majeur. Le violon se détache comme protagoniste en exposant la mélodie principale. Motif b (mesures 80 à 83) :
Tonalité : C majeur. Particularité : la basse du piano change et le violon expose le motif b, conséquence du précédent, qui culmine sur une mesure de I et de V majeur. Motif a’ (mesures 84 à 95) :
Tonalité : C majeur. Particularité : il se développe un peu plus que lors de la première exposition du motif a. Motif b’ (mesures 95 à 98) :
Tonalité : C majeur. Particularité : le violon le joue une octave au-dessus du motif b original, et le piano termine par une mesure sur la tonique, en subito forte. Motif a’’ (mesures 99 à 104) :
Tonalité : C majeur. Particularité : le motif a est varié, mais cette fois sous une forme plus réduite. Motif b’’ (mesures 104 à 105) :
Tonalité : C majeur. Particularité : comme le motif a’’, il est repris sous une forme beaucoup plus courte, et c’est la clarinette qui le conclut lors de sa première intervention dans la valse. Interlude (mesures 106 à 128) :
Tonalité : C majeur. Particularité : plus élaboré harmoniquement, il développe les motifs a et b en les entrecoupant des doubles cordes percussives du violon ; la clarinette fait en outre un très court solo de 3 mesures ; enfin, le piano conclut avec son accord caractéristique en S/F. Section A’ (mesures 129 à 139) :
Motif a’’’ : nouvelle variation du motif a, le motif protagoniste. Section A’ (mesures 139 à 143) :
Motif b’’’ : le violon le commence et la clarinette le termine ; puis le violon et le piano font un accord conclusif, que le piano répète seul à la mesure suivante. Transition de danse II (mesures 144 à 187) :
Tonalité : C majeur. Particularité : elle développe les mêmes motifs a et b, mais en les décomposant rythmiquement jusqu’à relier la valse au thème du ragtime ; la clarinette intervient en outre davantage dans cette partie du mouvement, avec de belles mélodies qui déplacent la pulsation de la croche.

Analyse du Ragtime
La structure du Ragtime est libre et consiste en A + B + interlude (blocs I et II) + B + A. Section A (mesures 188 à 202) :
Tonalité : D majeur. Particularité : le piano se détache avec une basse ostinato jouant le premier degré et la dominante de la tonalité de D majeur. Plus loin, à la mesure 199, la clarinette et le violon se rejoignent à l’unisson à la fin de la phrase exposée par le violon. Celui-ci joue quelques variantes de la mélodie principale exposée auparavant. Exposition de la section B (mesures 203 à 227) :
Tonalité : D majeur. Particularité : la clarinette se détache comme protagoniste au début, tandis que le violon réalise un contre-chant et que le piano accompagne. Le violon impose une cellule rythmique qui se répétera tout au long de cette section, et la phrase du début est reprise dans une version variée. Bloc I (mesures 228 à 242) :
Tonalité : degré V de D majeur. Particularité : le violon conserve sa position de soliste, mais la clarinette se met en avant à la mesure 231, et le violon reprend la mélodie à la mesure 235, en conservant les rythmes caractéristiques du ragtime. Bloc II (mesures 243 à 250) :
Tonalité : B-Bb. Particularité : le violon poursuit sa ligne mélodique tandis que la clarinette accompagne et que le piano reprend ses basses répétées. Section B’ (mesures 251 à 264) :
Tonalité : degré V7 de D majeur. Particularité : le violon et le piano reprennent la cellule rythmique caractéristique de la section B, et la clarinette n’intervient qu’à la fin de cette partie, avec le rythme qui répond à cette cellule, pour culminer sur un unisson aux mesures 263 et 264. Réexposition de la section A’ (mesures 265 à 280) :
Tonalité : D majeur. Particularité : le violon reprend la section A avec des variations, et la clarinette et le piano accompagnent activement, en soulignant certains passages par des unissons de la mélodie. À la fin, le violon et la clarinette terminent par un motif rythmique ascendant, et le piano conclut par une cadence sur D majeur.

Conclusion
En conclusion, « L’Histoire du soldat » est un chef-d’œuvre musical qui combine musique, récit et danse pour raconter l’histoire du soldat Joseph et de sa rencontre avec le diable pendant la Première Guerre mondiale. À travers des pièces comme le tango, la valse et le ragtime, l’œuvre explore des thèmes universels tels que la tentation, le sacrifice et la rédemption.
Chaque pièce représente des moments et des émotions différents de la vie de Joseph, depuis la séduction initiale du marché avec le diable jusqu’au regret et à la lutte pour recouvrer sa liberté. La musique d’Igor Stravinsky capture brillamment ces émotions, en recourant à une variété de styles musicaux pour transmettre la complexité du parcours émotionnel du protagoniste.

« L’Histoire du soldat » reste une œuvre pertinente et passionnante, présentée aussi bien en version de ballet qu’en version de concert dans le monde entier, ce qui démontre l’impact durable de la collaboration entre Stravinsky et Ramuz. C’est une œuvre qui continue de captiver le public par la puissance de sa musique et sa profonde exploration de la nature humaine.