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Hugo Laroche

Contrepoint

Analyse : Prélude n° 3 en do dièse majeur du Clavier bien tempéré I

Publié le

Prélude de Bach

Structure générale

Le troisième prélude du « Clavier bien tempéré I » (1722) de Johann Sebastian Bach est un exemple remarquable de la technique de composition baroque, et plus précisément de l’invention à deux voix. Il présente un caractère léger et brillant, avec une mesure à 3/8 et une tonalité de do dièse majeur, assez inhabituelle pour l’époque. Ce prélude témoigne de la maîtrise contrapuntique de Bach et s’organise en deux sections principales, chacune divisée en trois sous-sections.

Prélude de Bach

Première section

La première section se caractérise par l’exposition du motif et du contre-motif, présentés en six entrées. Celles-ci s’organisent en trois sous-sections :

  1. Première sous-section :
    • Entrées 1 à 4 : Ici, le motif et le contre-motif sont exposés dans une progression par quintes ascendantes : do dièse majeur, sol dièse majeur, ré dièse mineur et la dièse mineur.
    • Structure : Chaque entrée maintient un rythme continu de doubles croches pour le motif, tandis que le contre-motif se distingue par un rythme noire/croche, avec une hémiole dans les deux dernières mesures.
  2. Deuxième sous-section :
    • Fonction de développement : Dans cette sous-section se développe un épisode fondé sur les éléments motiviques de la fin du motif et du contre-motif. Cet épisode crée à la fois un contraste et une continuité avec la section précédente.
    • Progression : La modulation est continue et s’organise en une progression par quartes ascendantes : la dièse, ré dièse, sol dièse, do dièse.
  3. Troisième sous-section :
    • Réexposition : Les deux entrées restantes sont réexposées en fa dièse majeur et do dièse majeur. Cette sous-section ramène au ton principal, avec une structure qui reflète la symétrie tonale.

Deuxième section

Analyse du prélude de Bach

La deuxième section a une fonction essentiellement cadentielle et ne réexpose ni le motif ni le contre-motif dans leur intégralité. Elle s’organise en trois sous-sections (a b a’) :

  1. Première sous-section :
    • Dessins dérivés : Elle utilise un dessin en doubles croches pour la partie aiguë (Dz) et en croches pour la partie grave (Dx), dérivés respectivement du motif et du contre-motif.
    • Base harmonique : Une pédale de dominante figurée prédomine, avec des accords qui changent toutes les deux mesures. Les intervalles de tierce descendante sont utilisés aussi bien à la partie aiguë qu’à la partie grave.
  2. Deuxième sous-section :
    • Caractère dynamique : Cette sous-section est plus variée et plus dynamique. Elle remplace la pédale de dominante par une demi-marche de 8 mesures par secondes descendantes.
    • Nouveaux dessins : Elle introduit un nouveau dessin (Dq) qui alterne avec Dz, dérivé de la fin du motif. Il se présente sous forme directe et par rétrogradation, créant une symétrie mélodique.
  3. Troisième sous-section :
    • Répétition et conclusion : Elle répète les 10 mesures de la première sous-section à l’octave inférieure, et se conclut par un passage cadentiel. Ce passage utilise des arpèges ascendants et descendants, dissolvant la texture à deux voix en ondulations mélodiques qui culminent dans une cadence finale.

Analyse du prélude de Bach

Caractéristiques baroques

Ce prélude incorpore des éléments typiques de la dernière période baroque :

  • Rythme continu : Il maintient un flux rythmique constant, sans pauses.
  • Modulation aux tons voisins : Il navigue entre des tonalités proches, sans changements abrupts.
  • Contrepoint imitatif : Il emploie des imitations et des doublures de motifs à différentes voix.
  • Importance de la basse : La basse joue un rôle structurel fondamental.

Parmi les autres aspects notables figurent l’usage de la pédale de tonique intérieure, l’hémiole, l’élargissement et la détente intervalliques, les dixièmes parallèles, les structures de 8 et 4 mesures, le fractionnement, et les accords de trois sons au second renversement à fonction cadentielle et d’amplification.

Conclusion

Le troisième prélude du « Clavier bien tempéré I » est une œuvre complexe et magistrale, qui illustre l’ingéniosité et l’habileté technique de J.-S. Bach dans la composition contrapuntique. La structure soigneusement conçue et les éléments thématiques interdépendants créent une œuvre riche en textures et en modulations, qui conserve sa cohésion à travers ses deux sections et leurs sous-sections.

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