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Hugo Laroche

Contrepoint

Analyse : Fugue en mi mineur BWV 855

Publié le · Mis à jour le

Bach, fugue

Caractéristiques de la fugue analysée en cours de contrepoint en ligne

La Fugue en mi mineur, BWV 855, composée par J. S. Bach et issue du premier livre du « Clavier bien tempéré » (1722), se distingue par sa complexité et sa densité thématique. Elle est remarquable pour être la seule fugue à deux voix du recueil, et elle commence par un sujet particulièrement élaboré.

Le sujet

Le sujet de cette fugue présente plusieurs caractéristiques distinctives :

  1. Un rythme fondé sur des doubles croches, avec deux croches à la fin.
  2. Il s’étend sur une neuvième majeure, de ré3 à mi4.
  3. Il commence par la tonique (mi3) et se termine sur la dominante (si3).
  4. Il module de la tonalité principale de mi mineur, à la première mesure, vers si mineur en son milieu.

Le sujet se construit en outre sur quatre dessins mélodiques différents qui se reflètent tout au long de la fugue, réapparaissant dans les épisodes thématiques :

  • Les quatre premières notes forment un arpège ascendant de l’accord de tonique.
  • De la quatrième à la treizième note se développe une mélodie qui alterne entre la note tonique et un tétracorde chromatique descendant, connu sous le nom de figure de lamento.
  • De la quatorzième à la vingt-quatrième note se présente un arpège de l’accord de septième diminuée en si mineur, entrecoupé de broderies.
  • Les deux croches finales de la mesure trois différencient le rythme et résolvent l’arpège de la mesure précédente.

Bach, composition de la fugue

Réponse et contre-sujet

La réponse de la fugue adopte la modulation du sujet, pratique moins conventionnelle chez Bach, puisqu’on attend généralement un retour au ton principal. Le contre-sujet complète le sujet tant sur le plan rythmique qu’harmonique, et ensemble ils génèrent une interaction de mélodies simples et chromatiques.

Épisodes et modulations

Le premier épisode module vers le relatif majeur, sol majeur, et se distingue par une progression de quintes descendantes et l’usage continu de motifs du sujet et du contre-sujet.

La « première modulation » réutilise les entrées du sujet et de la réponse dans la tonalité relative, combinées au contre-sujet en contrepoint double. Le second épisode relie les entrées et module vers la tonalité de la sous-dominante, avec un dessin rythmique intense et le renversement des motifs.

La fugue se conclut par une réexposition abrégée qui réintroduit le sujet dans les tonalités principale et secondaires, soulignant la relation tonale et les transformations thématiques au long de la pièce.

Analyse mesure par mesure réalisée en cours de contrepoint en ligne

Exposition

Mesures 1-2 : Le sujet est présenté à la voix supérieure, en mi mineur. Il commence par un arpège ascendant de la tonique et se dirige vers une mélodie qui intègre un tétracorde chromatique descendant, pour finir sur un arpège de septième diminuée qui conduit à la dominante, si mineur.

Mesure 3 : Apparaissent ici les deux croches qui marquent la seule variation rythmique significative du sujet et aident à clore sa présentation par une résolution sur la tonique.

Réponse et contre-sujet

Mesures 4-5 : La réponse entre à la voix inférieure, généralement à la quinte du ton principal (si mineur dans ce cas). Le contre-sujet l’accompagne à la voix supérieure ; il se distingue par sa simplicité rythmique et mélodique par rapport au sujet, et utilise des intervalles de seconde et de tierce pour créer une mélodie complémentaire.

Mesures 6-7 : L’interaction entre sujet et contre-sujet se poursuit, consolidant la modulation et préparant le terrain pour le premier épisode.

Bach, fugues

Premier épisode (divertissement)

Mesures 8-13 : Ce segment module vers le relatif majeur, sol majeur, et se caractérise par une progression d’accords par quintes descendantes. Le matériau thématique du sujet et du contre-sujet est cité aux deux voix, créant une texture plus riche.

Seconde exposition

Mesures 14-15 : Le sujet est réintroduit dans la tonalité d’origine, suivi du contre-sujet, qui se trouve maintenant à la voix opposée, démontrant la technique du contrepoint renversable.

Second épisode (second divertissement)

Mesures 16-20 : Ce segment présente un nouveau motif rythmique de doubles croches et de croches, qui alterne entre les voix. La progression harmonique mène à une modulation vers la tonalité de la sous-dominante (la mineur), en utilisant une texture à l’unisson qui met en relief le chromatisme indirect.

Réexposition abrégée

Mesures 21-24 : Dans cette section finale, le sujet et le contre-sujet réapparaissent sous une forme condensée et simplifiée, refermant la pièce dans la tonalité principale de mi mineur. La relation symétrique entre les tonalités et le renversement des parties contribuent à unifier la fin de la fugue avec son début.

Cette analyse mesure par mesure offre une vision plus claire de la manière dont Bach manipule le matériau thématique au sein de la structure de la fugue, en utilisant la modulation, le renversement et le développement thématique pour créer une œuvre complexe et cohérente.

Conclusion

En conclusion, la Fugue en mi mineur, BWV 855, de J. S. Bach est un chef-d’œuvre de la musique baroque qui illustre l’aptitude de Bach à intégrer complexité technique et profondeur émotionnelle dans une composition structurée. À travers un sujet très développé et modulant, associé à un contre-sujet complémentaire, Bach n’explore pas seulement la riche interaction harmonique et mélodique : il défie aussi les conventions formelles de la fugue. Les épisodes et les modulations de l’œuvre révèlent une transition ingénieuse entre les tonalités et une maîtrise magistrale du contrepoint et de la forme musicale. Cette fugue témoigne non seulement du génie technique de Bach, mais aussi de sa capacité à évoquer une vaste gamme d’émotions et de pensées à travers une musique structurée.

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