Harmonie
La note de pédale
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Notion de pédale
La pédale est une note tenue ou répétée, ornée ou non, pendant une durée qui peut être brève (une mesure, par exemple) ou prolongée (jusqu’à toute l’œuvre), et qui sert de base sur laquelle se déploient divers accords et procédés harmoniques.
Origine de la pédale
Au XIIe siècle, à l’abbaye Saint-Martial de Limoges, on pratiquait l’« organum mélismatique » à deux voix. Dans cette technique, la voix inférieure, appelée vox principalis, tenait de longues notes, tandis que la voix supérieure, appelée vox organalis, déployait des mélismes élaborés et fluides.
Un exemple de cette pratique est le début de la séquence dédiée aux saints Pierre et Paul, un organum mélismatique caractéristique de l’école de Saint-Martial. La voix principale y tient des notes prolongées, sur lesquelles la voix supérieure dessine de petites mélodies ornementales, appelées mélismes.

Cela dit, l’origine du terme « pédale » vient d’une pratique courante chez les organistes : celle de prolonger des sons graves au moyen du pédalier de l’orgue.
Types de pédale
Selon le nombre de notes prolongées, la pédale peut se classer dans les types suivants :
Pédale simple
Elle consiste en la prolongation d’une seule voix, habituellement de tonique ou de dominante.
Pédale double
Elle implique la prolongation de deux voix simultanément. Ce type de pédale est moins fréquent et, dans les exercices d’harmonie, exige un minimum de cinq voix. En général, les voix prolongées correspondent à la tonique et à la dominante (la tonique étant plus grave que la dominante). Dans des harmonies plus avancées, comme celles des périodes romantique et postromantique, on peut trouver des variantes de pédale double, y compris des exemples dissonants, comme la combinaison de la fondamentale et de la septième de l’accord de dominante entre deux voix.
Pédale multiple
Ce type de pédale, plus courant dans les contextes orchestraux ou instrumentaux, se produit lorsque trois voix ou plus sont prolongées. Si les voix prolongées forment un accord, on parle d’« accord-pédale ». En général, il ne s’emploie pas dans les exercices d’harmonie traditionnels.

Les notes signalées sont la quinte, la neuvième et la fondamentale de l’accord de dominante, qui restent comme « dessin de pédale » pendant les quatre premières mesures.

Voix de la pédale
Types de pédale selon la voix où elle apparaît :
Pédale inférieure
C’est la plus courante. Elle se produit lorsque la note de pédale se trouve à la voix la plus grave. Lorsqu’on parle de « pédale » sans autre précision, on entend généralement la pédale grave, qui fut la première à être employée et qui est habituellement simple (de tonique ou de dominante).
Pédale intermédiaire
C’est la moins fréquente. Elle se produit lorsque la note de pédale se trouve à une voix intermédiaire. En général, elle prend le caractère d’une note commune ou d’un retard statique. Elle peut servir à créer une pédale double dissonante.
Pédale supérieure
Elle se produit lorsque la note de pédale se trouve à la voix la plus aiguë. Elle peut être de dominante, de tonique ou d’un autre degré de la tonalité. Comme la pédale intermédiaire, elle tend à avoir un caractère de retard statique.
Règles générales de la pédale
- La note de pédale doit être une note réelle dans le premier et le dernier accord entre lesquels elle se trouve.
- Les pédales les plus courantes sont celles de tonique et de dominante.
- Il n’est pas nécessaire de chiffrer la pédale inférieure, mais on peut le faire de deux manières : a) en chiffrant la voix immédiatement supérieure ; b) en chiffrant les accords qui se forment sur la pédale, si ceux-ci coïncident avec la pédale et possèdent leur chiffrage correspondant ; sinon, on doit écrire les intervalles correspondant aux notes qui sonnent au-dessus d’elle.
- La pédale intermédiaire ou supérieure peut se chiffrer, si on le souhaite, au moyen d’une ligne de prolongation qui s’étend du premier accord jusqu’au dernier.
- Les unissons avec la note de pédale doivent être abordés par saut.
- Sur la note de pédale, on peut enchaîner toutes sortes d’accords, y compris des dominantes secondaires (petites inflexions) et de l’harmonie errante. Les enchaînements et les séquences d’accords se réalisent comme si la pédale n’existait pas.
- La durée de la pédale peut être variable, de brève (environ une mesure) à très longue (jusqu’à toute une œuvre, comme dans le lied « Der Leiermann » (« Le Joueur de vielle ») du Winterreise (« Voyage d’hiver ») de Franz Schubert).
- Les pédales de tonique et de dominante aident à établir la tonalité. Ainsi, si l’on utilise une pédale inférieure de tonique pour conclure, la cadence finale se fera « sans basse ». Dans ces cas, il est courant que le saut de dominante à tonique à la basse ait lieu avant la note de pédale. Les affirmations tonales sur ces pédales peuvent être plus douces ou moins tranchées, mais elles ont le même effet tonal grâce à la pédale.
- Les dessins mélodiques qui accompagnent la pédale doivent appartenir à la structure musicale précédente ; l’idéal est qu’ils se fondent sur le « thème » de l’exercice.
Emplacement de la pédale
La pédale peut apparaître à trois endroits dans les exercices ou les œuvres musicales :
Au début
Elle est généralement de tonique ou de dominante. Sa fonction est d’aider à établir la tonalité, en retardant la modulation. Elle contient généralement le thème de l’exercice.
Au milieu
Avant la réexposition, il est habituel d’utiliser une pédale de dominante pour préparer l’arrivée du thème dans la tonalité principale. Cette pédale signale la fin de la section de « développement » dans les œuvres musicales.
À la fin
C’est probablement la plus utilisée dans les exercices. Sa fonction est de renforcer la tonalité, de manière semblable à la pédale initiale. Comme mentionné précédemment, on y répète généralement les motifs du thème initial, en guise de résumé.
Voici plusieurs brefs exemples de pédale simple, double et multiple, dans leurs versions inférieure, intermédiaire et supérieure.


Conclusions sur la pédale
La pédale est un procédé harmonique fondamental en musique, utilisé pour créer de la stabilité tonale et engendrer des tensions qui préparent une modulation ou une réexposition. Sa polyvalence permet de l’employer à différents registres (inférieur, intermédiaire et supérieur) et à divers emplacements d’une œuvre (au début, au milieu ou à la fin). Tout au long de l’histoire de la musique, la pédale a été un élément clé de la structure des exercices et des œuvres musicales, car elle apporte de la cohésion, renforce la tonalité et offre un contraste qui enrichit la texture sonore.
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