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Hugo Laroche

Harmonie

Accords de septième diminuée et de septième de sensible

Publié le · Mis à jour le

Accords de septième diminuée et de septième de sensible

Que sont ces deux accords ?

Ce sont des accords de septième formés sur le septième degré, la sensible, des deux modes.

Origine des accords

L’accord de septième diminuée

L’accord de septième diminuée est né de l’emploi d’une appoggiature supérieure sur la fondamentale de l’accord de septième de dominante dans le mode mineur. Dans la figure suivante, on peut voir l’accord de dominante avec septième de la mineur (mi • sol# • si • ré), dans lequel une note (fa) « appuie », ou souligne, la fondamentale de l’accord (mi).

Accords de septième

L’accord de septième de sensible

On trouve l’accord de septième de sensible dès la période baroque, comme produit de deux notes de passage entre la sous-dominante et la tonique du mode majeur, mais on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un véritable accord, car il n’occupe généralement pas de points d’appui rythmiques.

Pendant la période classique, l’accord se stabilise ; on l’obtient en ajoutant la septième à l’accord de quinte diminuée de sensible du mode majeur, à la manière d’un retard ou d’une appoggiature, comme pour les autres accords de septième.

Obtention pratique

Accords de septième

Dans le mode mineur, on obtient l’accord de septième diminuée : la 7e est diminuée. Dans le mode majeur, on obtient l’accord de septième de sensible : la 7e est mineure.

Structure de l’accord

Les rapports intervalliques de ces accords sont ceux de l’accord de quinte diminuée, auquel s’ajoute la septième mineure ou diminuée, selon qu’il s’agit de l’un ou de l’autre.

Accords de septième

L’espèce de l’accord de septième de sensible s’appelle « septième sous-mineure » ou « demi-diminuée », et l’espèce de l’accord de septième diminuée s’appelle précisément « septième diminuée ».

Emprunts entre les modes majeur et mineur

  1. L’accord de septième diminuée

L’accord de septième diminuée est propre au mode mineur, mais il peut aussi s’utiliser dans le mode majeur grâce à l’altération descendante du sixième degré car, comme pour l’accord de neuvième mineure, la dissonance ajoutée tend à descendre, tout comme le sixième degré abaissé.

  1. L’accord de septième de sensible

L’accord de septième de sensible est propre au mode majeur et ne peut s’utiliser que dans ce mode, car son emploi dans le mode mineur impliquerait une contradiction dans la résolution de la septième — descendante —, qui serait le sixième degré dorien, dont la tendance est de monter vers la sensible.

Disposition (état fondamental et renversements)

Ces accords sont des accords de septième : ils ont un état fondamental et trois renversements.

Accords de septième

Le troisième renversement de l’accord de septième de sensible exige de préparer la basse.

Chiffrage intervallique

Rapports intervalliques avec la basse

Accords de septième

Le chiffrage de l’état fondamental et des renversements suit l’ordre : 7 – 65 – 43 – 2.

Accords de septième

Sonorité

  1. L’accord de septième diminuée (accord symétrique)

Sa sonorité est particulière, au point qu’il n’est pas difficile de le reconnaître à l’oreille. Ce qui caractérise cet accord, c’est sa fonction expressive. À l’époque baroque, il exprimait la « douleur », à l’époque romantique la « tragédie »… À titre d’anecdote, on peut signaler qu’il connut un usage curieux au début du XXe siècle : au théâtre et dans le cinéma muet, les pianistes l’utilisaient pour souligner musicalement l’arrivée du « méchant », et il était connu dans ce milieu comme « l’accord du traître ». Dans tous les cas, il a servi à atteindre des sommets de tension.

Techniquement, il s’agit d’un accord à deux dissonances (la 5te et la 7e) formées d’intervalles diminués, et donc « douces » : la quinte diminuée, dissonance naturelle, et la septième diminuée, qui n’est dissonante qu’en théorie puisqu’elle est, en pratique, l’enharmonie d’une sixte majeure (intervalle consonant). Mais il faut garder à l’esprit que cette septième diminuée forme aussi une dissonance avec la tierce de l’accord, car entre ces deux facteurs se forme également une quinte diminuée.

En plus de tout cela, on peut observer une symétrie intervallique dans sa constitution, puisque l’accord se forme par superposition de tierces mineures :

Accords de septième

Cela signifie que n’importe quel facteur pourrait être la fondamentale de l’accord, c’est-à-dire qu’en partant de n’importe quel facteur de l’accord, les intervalles pourront être : 3m, 5 dim et 7 dim, si l’on emploie l’enharmonie, ou les enharmonies, appropriées. Cela signifie aussi que l’accord sonne de la même façon à l’état fondamental et dans n’importe lequel de ses renversements.

Accords de septième

Tout cela a fait de cet accord l’un des plus utilisés et des plus vénérés de l’histoire de la musique.

  1. L’accord de septième de sensible

C’est un accord à deux dissonances : la quinte (diminuée) et la septième, qui est mineure. À la différence du précédent, il ne forme pas d’autres intervalles dissonants et n’est pas un accord symétrique, ce qui en fait un accord beaucoup moins important, car il a été beaucoup moins utilisé, même s’il apparaît plus couramment sur le deuxième degré du mode mineur (nous le verrons plus loin).

Comme l’accord de septième diminuée, cet accord accumule lui aussi de la tension grâce à ses notes attractives (fondamentale = sensible, quinte diminuée et septième).

Résolution et enchaînement

Bien que l’accord de septième diminuée soit plus important et ait été plus utilisé que celui de septième de sensible, les deux s’enchaînent et se résolvent de la même manière.

  1. Résolution

Ces accords ont de nombreuses résolutions, mais pour commencer nous ne verrons que leur fonction de dominante ; c’est pourquoi, pour le moment, ils ne se résoudront que sur l’accord de tonique.

  1. Enchaînement

1re phase. Arrivée sur les accords.

Il faut arriver aux intervalles dissonants avec la basse en les préparant ou par mouvement contraire.

La septième de passage ne peut pas s’utiliser, car il faudrait pour cela doubler la sensible.

2e phase. Disposition.

a) Écriture à quatre voix. Ces accords sont à quatre sons : aucun ne doit être supprimé ni doublé.

b) Disposition des facteurs.

  • Dans l’accord de septième diminuée, tous les renversements sonnent de la même façon ; ses facteurs peuvent donc être disposés librement.
  • Dans l’accord de septième de sensible, à l’instar de l’accord de neuvième majeure de dominante, on doit maintenir la septième au-dessus de la fondamentale, sauf au troisième renversement, qui ne peut se pratiquer qu’en préparant la basse (voir « (PR) préparation », p. 37).

3e phase. Résolutions.

Les deux accords s’enchaînent, note par note, de la même façon :

7 ⬇️ (« attractive » ➡️ dissonance) descend par mouvement conjoint.

5 ⬇️ (« attractive » ➡️ dissonance) descend par mouvement conjoint.

3 ⬆️ ou ⬇️ (« libre ») monte ou descend par mouvement conjoint (descendre peut provoquer des quintes).

F ⬆️ (« attractive » ➡️ sensible) monte à la tonique par mouvement conjoint.

Accords de septième

Les facteurs de ces deux accords s’enchaînent toujours de la même manière, quelle que soit la disposition de l’accord.

Accords de septième

Accords de septième

La 3ce peut descendre lorsqu’elle est au-dessus de la 7e, car au lieu de quintes apparaîtront des quartes consécutives ; mais ces quartes seront fautives elles aussi si elles se produisent avec la voix de basse.

La résolution anticipée de la septième donne lieu à l’accord de septième de dominante, qui pourra s’utiliser conformément à ses règles.

Conclusions

Les accords diminués et les accords de sensible sont des éléments fondamentaux du langage harmonique, en particulier dans le contexte tonal. Les accords diminués, caractérisés par leur tension intrinsèque due à l’accumulation de tierces mineures, possèdent un grand pouvoir directionnel qui en fait des outils clés pour la résolution vers des accords stables, comme la tonique ou la sous-dominante. De leur côté, les accords de sensible, qui comprennent aussi bien des triades que des septièmes (par exemple le VII° ou le VII7), renforcent leur fonction résolutive en contenant la note sensible, qui tend mélodiquement vers la tonique.

Ces deux types d’accords remplissent des fonctions similaires en créant un sentiment d’attente et de mouvement au sein de la progression harmonique. Leur emploi stratégique apporte non seulement une cohérence tonale, mais permet aussi une grande souplesse expressive, des résolutions traditionnelles aux modulations inattendues ou aux cadences rompues. C’est pourquoi comprendre et maîtriser ces accords est essentiel pour tout musicien désireux d’explorer le potentiel émotionnel et technique du système tonal.

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