Contrepoint
Règles universelles du contrepoint rigoureux
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Notions préalables
Le contrepoint d’espèces est une technique de composition mélodique qui consiste à ajouter une ou plusieurs lignes mélodiques à une ligne principale, appelée cantus firmus (C.F.), qui se présente toujours en valeurs de ronde. Ces nouvelles lignes mélodiques, qui suivent une structure rythmique spécifique, sont appelées espèces.
Il existe cinq espèces, et les quatre premières se construisent strictement à partir des valeurs rythmiques mentionnées, avec quelques exceptions qui seront détaillées plus loin, en particulier dans la deuxième et la quatrième espèce.
Les espèces du contrepoint rigoureux
- Première espèce : elle se compose exclusivement de rondes.
- Deuxième espèce : elle se compose exclusivement de blanches.
- Troisième espèce : elle se compose exclusivement de noires.
- Quatrième espèce : elle se caractérise par l’usage de syncopes.
- Fleuri : il utilise une combinaison plus libre de valeurs rythmiques dérivées des espèces précédentes et s’appelle contrepoint fleuri.
- Mélange d’espèces à trois voix : emploi de plusieurs espèces dans différentes voix (3 voix)
Règles générales du contrepoint rigoureux
Le contrepoint se concentre principalement sur l’élaboration horizontale ou mélodique, plus que sur l’élaboration verticale ou harmonique. Il y aura donc des différences significatives avec les règles qui régissent l’harmonie sur certains points, tandis que sur d’autres il y aura une coïncidence complète.
Voici quelques règles générales pour la réalisation d’exercices de contrepoint d’espèces :
- Pour une élaboration mélodique riche, il est recommandé un contexte harmonique simple qui évite les accords à résolution obligée, comme les septièmes de dominante. Par conséquent, pour cette étude, seuls les accords de triade seront permis, et l’usage de toute forme de septième sera strictement interdit.
- Le deuxième renversement de la triade (quarte et sixte) sera également interdit, de même que l’accord de quinte diminuée à l’état fondamental. En résumé, seuls seront permis les accords chiffrés 5 (non altérée) et 6 (premier renversement). Ce n’est pas leur apparition qui est interdite, mais leur usage comme accords sur des notes réelles. Cela signifie que ces accords pourraient éventuellement se former, mais uniquement sur des notes ornementales (de passage et de broderie).
- Pour une bonne réalisation mélodique, on doit suivre comme règle générale la neutralisation des sauts, en remplissant l’espace par une succession de degrés conjoints en sens contraire du saut.

- Une réalisation avec des sauts constants ou non résolus est tout aussi problématique ; il en va de même de l’usage intensif des degrés conjoints, qui produit une mélodie sans forme, un dessin répétitif de degrés conjoints, ou un mouvement ascendant et descendant constant dans la mélodie.

Ces mouvements ne sont pas recommandables : beaucoup de sauts, répétition de motifs, dessin de trille et dessin en gamme.
- Il n’est pas permis de répéter une même note, mais il est possible de faire des sauts d’octave.
- Il est important de maintenir l’ambitus et la tessiture normaux de chaque voix.
- Les croisements de voix sont acceptables, sauf lorsqu’ils provoquent d’autres fautes.
- Dans l’écriture à deux voix, on doit éviter l’unisson, sauf au début ou à la fin de l’œuvre.
- Il est préférable d’éviter les marches mélodiques (progressions). La variété mélodique a toujours plus de valeur que l’imitation.
- Éviter les dessins arpégés, car ils sont considérés comme un mauvais choix mélodique.
- On ne doit pas inclure le triton entre deux notes consécutives ni à l’intérieur d’une séquence de trois notes. Cette même règle s’applique aux intervalles de septième ou de neuvième entre deux notes, et entre trois notes s’il s’agit de deux sauts dans la même direction.

- Évitez la relation de triton, qui peut surgir en enchaînant les accords de IV à III, de V à IV ou de II à III en mode majeur, et de V à IV en mode mineur.

- La conduite des voix, tant intérieures qu’extérieures, doit suivre les mêmes règles que celles appliquées dans l’étude de l’harmonie en ce qui concerne l’évitement des quintes et octaves directes. (Dans un contexte à deux voix, les deux sont considérées comme des parties extrêmes.)
- Il n’est pas permis d’utiliser plus de trois tierces ou sixtes consécutives entre les consonances des deux voix.
- Pour chaque ronde, il est obligatoire d’utiliser un seul accord par mesure. Ce n’est que dans les exercices à quatre voix, et lorsque la complexité le justifie, que l’on peut employer deux accords par mesure, et ce à titre exceptionnel.
- L’avant-dernière mesure doit contenir une harmonie de dominante chaque fois que le cantus firmus (C.F.) se trouve à une voix autre que la voix inférieure. Quelques exceptions à cette règle seront abordées en temps voulu. Par « harmonie de dominante », on entend l’usage de tout accord contenant la sensible, à l’exception du IIIe degré, auquel on n’attribue pas de fonction de dominante, ou bien l’usage de la sensible comme note de passage ou de broderie.
- Le premier et le dernier accord doivent toujours être de Ier degré, bien qu’il existe des exceptions qui permettent quelque variation dans la première mesure.

- L’accord de 6te et 4te est considéré comme une dissonance et, par conséquent, il est jugé incorrect s’il n’est pas résolu convenablement. Il est important d’être attentif dans le travail à deux voix, car un intervalle de 6te entre elles peut s’interpréter comme un accord de 6te et 4te, selon le degré représenté.

- Dans le contrepoint d’espèces, les seules notes d’ornement permises sont la note de passage et la broderie, selon les mêmes règles que celles appliquées en harmonie. Le retard est employé de manière systématique dans les 4e et 5e espèces, avec des règles spécifiques qui seront discutées en détail plus loin. Les autres notes d’ornement, comme l’appoggiature, l’anticipation, l’élision, l’échappée, entre autres, ne sont pas permises.
- Toutes les espèces, sauf la première, doivent commencer par un silence équivalent à la figure ou aux figures caractéristiques de l’espèce en question.
